175 ans de l'Harmonie Municipale de Lille, le discours du 27 octobre 2009
A l’origine de ce voyage dans le temps dont vous pourrez suivre les étapes, à saluer Daniel Cheroutre pour l’originalité, les recherches effectuées et surtout son sens de l’Humour.
Daniel Cheroutre lors du concert du Nouvel An
Vous pourrez apprécier la qualité des textes au fur et à mesure, juste le temps de les taper pour qu’ils soient à jamais fixés sur le web….
Note : le discours a été prononcé par Geneviève Segers, Vice-Présidente de l’Harmonie Municipale de Lille à la demande de Monsieur Henri Bailleul, fier des jeunes qui l’entourent…
A suivre dans un prochain article : Prélude d'Edmond Pellemeule, West Side Story, Zoom sur Costa et Autour du Monde de Vanbeselaere
Geneviève Segers, Vice Présidente "la Lectrice"
LA MARCHE HONGROISE DE BERLIOZ
Nous sommes en 1834. Nous vivons sous le régime d’une monarchie dite constitutionnelle mais dépourvue de vraie démocratie sous la gouverne de Louis Philippe, issu de la famille d’Orléans et fils de Philippe Egalité. La haute bourgeoisie fait régner la corruption et rachète des titres nobiliaires. Mais tout n’est pas négatif sous Louis Philippe puisqu’on lui doit la création d’institutions qui nous sont chères dans les communes : les Maires.
A cette époque, Monsieur Hector Berlioz est respecté comme éminent critique de musique, mais a bien du mal à faire passer la sienne. Il a déjà écrit 8 scènes de Faust dont le bal de Walpurgis et surtout la marche triomphale qui deviendra marche hongroise dans la création définitive de « La damnation de Faust » en 1846.
Pendant ce temps à Lille, le commerce va bon train. Le maire nouvellement élu s’appelle Monsieur Louis Bigot Danel. Plus tard un boulevard portera son nom. Mr Bigot Danel annexe un ancien palais dit « Palais Rihour » pour y installer sa mairie. Le corps des sapeurs pompiers est important car un incendie dans le centre ville serait une catastrophe. Il y a des musiciens chez les pompiers et l’on décide donc en 1834 de créer une harmonie à laquelle se joignent des musiciens civils, le tout sous la bienveillante bénédiction du Maire. Plus tard, cette harmonie deviendra harmonie municipale.
Nous commençons donc ce concert par la marche hongroise de Berlioz.
Notre chef a des cheveux blancs, mais ce sont les siens, et non pas une perruque comme en portait Louis de Funès qui dirigeait cette même œuvre dans la « Grande Vadrouille ».
Nous accueillons Monsieur Henri Bailleul…

Photo de Pierre le Masson
2) NABUCCO DE VERDI
Un quart de siècle plus tard, nous sommes sous le régime du second empire.
Napoléon II est en place depuis une dizaine d’années et vient d’épouser une espagnole, Eugénie de Montijo.
En matière de musique lyrique les opéras romantiques continuent de faire pleurer dans les poulaillers des théâtres de toute l’Europe. En Italie, Giuseppe Verdi est devenu le roi des compositeurs. Bellini est mort et Rossini a cessé d’écrire. Verdi vole donc de succès en succès. En ces instants troublés, le peuple Italien souffre de la pression de l’Autriche, et souhaite la réunification de l’Italie. Les émeutiers épèlent le nom de Verdi dont les lettres V.E.R.D.I. signifient Victor Emanuel roi des Italiens.
Ils scandent « Viva Verdi » et chante la mélodie du chœur des esclaves de Nabucco, créé dix ans plus tôt.
A Lille, on voudrait pouvoir s’élargir un peu, et on parle d’abattre les remparts et d’annexer quelques petites communes environnantes. Mais la réaction est vive et il faudra plus
ieurs années encore pour y arriver malgré les efforts du Maire de l’époque, Monsieur Auguste Richebé.
Voici donc maintenant le chœur des Esclaves de Nabucco de Verdi…
3) OUVERTURE DU ROI D’YS
Encore un bon quart de siècle et nous voici sous la troisième république. Mr Thiers a réprimé dans le sang la « commune » à Paris et entend redresser la France d’une main de fer.
A Lille, le maire s’appelle Monsieur Gery Legrand et succède à Mr Jules Duthilleul. C’est la grande transformation de la ville qui verra la démolition des remparts pour faire place à des grands boulevards tels le boulevard de la Liberté.
La gare du Nord à Paris sera démontée pierre par pierre, poutre par poutre pour être reconstruite à l’identique dans le nouveau centre de Lille, les matériaux étant bien sûr acheminés par le rail.
Lille, on le sait, a vu naître beaucoup de célébrités et en particulier Edouard Lalo issu
d’une famille d’origine espagnole. Lalo étudie la musique a conservatoire de Lille puis monte à Paris où pour gagner sa vie, il joue comme artiste dans le quatuor « Armingaud ». Entre temps il composa, mais a beaucoup de mal à faire passer sa musique.
C’est seulement à 50 ans, en 1873 qu’il peut créer son opéra, le Roi d’Ys.
C’est l’époque qui nous intéresse donc, c’est pourquoi nous vous proposons d’entendre maintenant, l’ouverture du Roi d’Ys d’Edouard Lalo.
4 ) LES GOYESCAS
Encore un bon dans le temps et nous voici à l’aube du 20ème siècle.
C’est ce que certains appellent la belle époque mais cela dépend pour qui.
A Lille, c’est le boum industriel. Les industries textiles aux mains des grandes familles, poussent comme des champignons, l’habitat social s’érige en fait sous forme de courées insalubres. Leurs habitants travaillent dur et très jeunes. Ils sont peu payés et n’ont guère de jours de loisir.
C’est à cette époque qu’un poète patoisant écrit une berceuse anodine : « Le Petit Quinquin ».
Chez nos voisins les espagnols, un certain Enrique Granados compose une musique typiquement ibérique qui plait beaucoup en France et en Angleterre. Les Goyescas sont des pièces que Granados regroupera sous la forme d’une grande fresque lyrique.
Mais c’est la grande guerre qui éclate. Granados se rend aux USA pour assister à
une création des Goyescas au Métropolitan Opéra de New-York. De retour en Europe, le paquebot Anglais « le Sussex » sur lequel il se trouve, est torpillé par les Allemands.
Nous vous proposons d’entendre l’intermezzo de cette œuvre lyrique, les Goyescas, d’Enrique Granados.....